DE LA PSYCHIATRIE COMMUNAUTAIRE DE SECTEUR, PAR LE DOCTEUR L'HEREEC

Le Docteur L’Hereec commence en citant L. BONNAFE,"le principe directeur pour la délimitation correcte du secteur sera de fixer, selon l’effectif de population desservi et les caractères géographiques, physiques et humains du territoire, les limites de la zone qu’une équipe médico-sociale à direction unique peut correctement desservir".

Le Docteur L’Hereec souligne que de ce point de vue, ‘Il y a effectivement un renversement complet des perspectives où il ne s’agit plus, pour une équipe soignante – comme dans les hôpitaux généraux de l’ancien régime, comme dans les asiles de la loi de 1838, comme dans les hôpitaux psychiatriques de la circulaire de 1960 – de définir sa "clientèle" mais d’assumer la responsabilité de l’organisation des soins et la prévention en matière de santé mentale : dans la limite d’une aire géographique déterminée de soins et de prévention disponibles, eux, pour tous. 

Il Précise qu’il n’est question ici ni des subtilités doctrinales ni de réglementation administrative car, assumer la responsabilité de l’organisation des soins et de la prévention en matière de santé mentale, dans les limites d’une aire géographique et dans l’esprit de la psychiatrie communautaire, ce peut être, entre autres exemples :

  • Refuser l’hospitalisation d’un malade.
  • Si elle est jugée injustifiée ou préjudiciable pour lui- et s’en expliquer devant la communauté qui la demande, c'est-à-dire  s’élever contre la tradition aliéniste dans laquelle c’est la collectivité qui dit au psychiatre des hôpitaux quelle est sa clientèle ; pour réintégrer la psychiatrie dans le champ de la pratique médicale contractuelle.
  • Choisir de traiter aussi la tierce demande, qui est le plus souvent encore demande explicite d’hospitalisation ou de prescription médicamenteuse, plutôt que d’y répondre directement et de façon systématique.
  • Limiter son intervention à l’élaboration de la demande et à la prise en charge des besoins psychiatriques et à eux seuls. (ce qui n’est, par exemple, qu’exceptionnellement le cas concernant les personnes âgées).
  • Refuser de considérer que le transfert d’un malade chronique vers une structure non spécialisée (hospice, foyer…) signifie, à priori :

-  soit l’annexion de cette structure comme lieu de défectologie du service hospitalier de secteur ;

- soit l’arrêt de la nécessité des soins et de l’intervention de l’équipe soignante spécialisée qui en avait précédemment la charge.

Ceci, en assurant la disponibilité de l’équipe de secteur  sans oublier qu’il est dans les prérogatives de chaque institution de déterminer comment sont pris en charge ses usagers – c’est-à-dire, là encore, en réintégrant la psychiatrie dans le champ d’une pratique contractuelle-.

C’est finalement, reconnaître que la spécificité du champ de la psychiatrie tient, en partie, au fait que son exercice intéresse des malades dont la pathologie tend à les exclure (par un divorce réciproque) de la communauté à laquelle ils appartiennent.